« On est sur la piste 63, c'est la chatte qui reprend ! », annonce Simon, le jeune régisseur du son, qui, l'écouteur à l'oreille, vient de retrouver l'endroit où la lecture doit reprendre.
Emma, qui prête sa voix à la petite fille, s'exclame : « Oh Pinocchio, Pinocchio, quel riche pantin es-tu devenu ! »
Il est 12 h15 et, comme tous les mardis, le Club citoyenneté commence. Assis en demi-cercle face au micro posé sur une chaise, les jeunes lecteurs entrent dans la peau de leur personnage.
Lorsque, à la rentrée, Mme Maquerre, le professeur de français, a demandé à ses deux classes de 6e, qui souhaitait participer au projet, tout le monde a levé le doigt. Hélas ! Les candidats étaient plus nombreux que les rôles.
Justine, 12 ans, explique : « Alors, Mme Maquerre a organisé un tirage au sort pour que le hasard choisisse. J'ai tout de suite eu envie de participer, j'aime bien aider les gens ! Quand j'ai su que j'étais prise, j'étais tellement contente ! Ensuite, les deux professeurs de théâtre nous ont fait passer une sorte de casting pour attribuer les rôles à ceux qui collaient le mieux aux personnages. Je joue Geppetto, le père très inquiet. J'essaye d'imaginer que j'ai un fils un peu turbulent. »
"Moi ? Je suis Pinocchio, se présente Carlo. C'est drôle, on me demande de faire exactement le contraire de ce que les adultes veulent d'habitude. Je ne suis pas poli, je ne suis pas sage, je réponds." enfin... Pinocchio répond ! Ça défoule ! » « Moi, je suis le renard, dit Dany, je parle beaucoup, je suis un petit peu mesquin, pas sympa, je n'aide pas Pinocchio. J'aime bien ce rôle de méchant. Dans la vie, je suis souvent gentil, j'aime bien changer... un peu ! »
Carlo continue : « C'est du théâtre ! J'en fais depuis sept ans. On fait vivre une histoire, elle sort de la page quand on entre dans les personnages. C'est une autre façon de s'exprimer. »
Justine approuve : « En classe, nous avions déjà étudié le texte, mais là, on le découvre autrement. Au début, on a fait des répétitions. Quelquefois les profs nous donnent des indications, sinon, elles nous laissent improviser. » « Ce n'est pas toujours facile de trouver le ton », constate Chehin. Il interprète le grillon et n'avait jamais fait de théâtre auparavant.
Dany, qui est dans le même cas, reconnaît : « C'est parfois dur, notamment lorsque l'on me demande de déguiser ma voix pour que Pinocchio ne la reconnaisse pas. Et quand on rate les prises, on recommence. Mais c'est une belle expérience, je n'avais jamais fait de bonne action comme celle-là. »
Carlo ajoute : « J'ai l'impression d'être important. Je suis très fier. On apprend à être un petit peu plus citoyen, c'est un tout petit pas, mais il est important. »
« Tout en m'amusant bien, je trouve de nouveaux amis et l'on connaît mieux le prof », conclut Chehin.
Reportage A Toi La Parole 2003